De la théorie à la pratique, les modalités d’évolution d’un Intranet 1.0 vers un portail collaboratif 2.0 ne vont pas de soi, rappellent en substance trois spécialistes du domaine. Censés aider au mieux l’entreprise à s’adapter aux évolutions actuelles de ses marchés, les outils fondateurs du modèle 2.0 ne sont pas applicables sans une réflexion préalable sur le bien-fondé du projet. Si les outils associés au modèle 2.0 - blogs, wikis, réseaux sociaux et autre portails interactifs personnalisables – sont connus et standardisés, leur usage dans l’entreprise ne permettra pas nécessairement d’aboutir à une organisation 2.0. Plus que pour tout autre projet informatique, le choix des modalités de mise en œuvre et les actions d’accompagnement au changement, apparaissent déterminantes aux yeux des spécialistes.
Rien ne vaut une démonstration par l’exemple, plaide en substance un premier intervenant. La mise en œuvre de projets pilotes conduira plus sûrement à l’aboutissement d’un projet viable, estime-t-il. Un projet de culture d’entreprise, rétorque en substance un second intervenant. Pour lui, l’outil n’est rien, si l’on n’en connaît pas précisément l’usage dès le départ.
La définition d'un Intranet 2.0 ne semble pas superflue. Voici celle de Philippe Colin, directeur associé du cabinet conseil Itexium : « de consommateur d’informations, un abonné à un Intranet doit progressivement devenir producteur d’information et moteur dans le partage d’information avec ses collègues. Il le fera d’autant plus volontiers qu’il pourra personnaliser son environnement et accéder à des outils nouveaux, comme des widgets et des mashups (liaisons dynamiques avec des ressources internes ou externes à l’entreprise, NDR). Il s’appuiera sur un système de recherche intelligent par nuage de mots clés, comme il en existe actuellement. Des flux RSS apporteront en complément du contenu de l’Intranet, de grandes quantités de données potentiellement exploitables. Un environnement 2.0 abouti suppose enfin un développement de l’accès aux données en mode nomade et une explosion du contenu Rich Media ».
Evolution progressive
« Nous constatons fréquemment une volonté forte des professionnels de faire évoluer leur Intranet. D’un autre côté, une résistance importante des directions générales est fréquente », précise Philippe Colin. Un constat qui ne plaide donc pas en faveur d’une migration brutale, mais plutôt d’une diffusion des usages par capillarité, sur le principe de la valeur de l’exemple. Pas de projet réussi sans une démonstration de son efficacité, susceptible alors d’emporter l’adhésion des managers réticents.
Avec Google Apps utilisé en exemple par l’intégrateur Revevol, « le déploiement de l’architecture est réalisé en une journée », précise Laurent Gasser, Président de la filiale française : « On n’apprend le collaboratif qu’au travers d’un usage », estime-t-il. « Notre première action consiste donc à accompagner la définition préalable de sujets susceptibles d’apporter de la valeur à l’entreprise ». « Ainsi, certains clients ont développé un partage de retour d’expériences entre commerciaux sur des produits tandis que d’autres ont privilégié des actions de services après-vente ».
Constatant dans la pratique, un taux de réussite de l’ordre de 90%, Laurent Gasser attribue la cause d'un éventuel échec à un blocage interne de la hiérarchie. « Le management collaboratif suppose, contrairement au management classique, une acceptation préalable de remontée de l’information », précise-t-il.
Pas de projet 2.0 sans un choix et une implication sans faille de la direction générale, confirme en substance Xavier Aucompte, directeur général groupe du cabinet de consultants Web Escape Agents. Résident au Canada, il constate une nette différence d’approche entre l’Europe et le continent nord-américain : « le 2.0 fait partie intégrante de la culture américaine et les usages n’ont pas attendu les outils pour se développer sur ce continent », estime-t-il. En Europe, Xavier Aucompte préconise la mise en place d’une véritable stratégie de changement, au plus haut niveau : « au-delà d’éventuelles avancées technologiques par rapport à beaucoup d’autres entreprises, Dassault Systems et Bouygues doivent l'aboutissement concluant de leurs projets 2.0, à la mise en œuvre d’une véritable stratégie en matière de gestion des ressources humaines ». Une organisation remaniée, propice à l’implémentation nécessairement progressive des outils de support au développement du 2.0.
* La vidéo d'une des conférences est consultable sur le site de TechToc TV (http://techtoc.tv)





