Vous avez été l'un des pionniers français en matière de RSE. Que vous évoque l'actuel engouement des grandes entreprises et des institutions hexagonales pour ce nouveau média ?
Depuis les premiers pas des RSE chez Dassault Systèmes en 2006, beaucoup de choses ont changé: la démarche un peu visionnaire de l'époque passerait pour assez commune de nos jours. L'engouement actuel s'explique par la conjonction de trois grands phénomènes : tout d’abord, l'explosion des médias sociaux, Facebook en tête. En 2006, les blogs et les forums formaient l'essentiel du web conversationnel. De nos jours, Facebook est devenu un standard des échanges hors de l'entreprise. Le risque était grand de laisser un tel groupe, aussi privé soit-il, remplacer l'Intranet. Deuxièmement, le secteur logiciel s'est bien structuré depuis. Il n'existait à l’époque que peu d'offres payantes et pour s'offrir un RSE, il fallait bidouiller un Wordpress local et le connecter à l'annuaire d'entreprise. Aujourd'hui, des acteurs comme IBM ou Microsoft ont rejoint la bataille... Autre phénomène, les acteurs du début ont disséminé un peu partout. Les pionniers ont créé leurs structures, évangélisé à droit à gauche, changé deux ou trois fois d'entreprise et contribué à donner une image positive de cette démarche. C'est presque toujours ainsi pour toutes les grandes révolutions dans le logiciel: les pionniers essuient les plâtres, en attendant que la majorité silencieuse bascule...
Ces entreprises sont-elles réellement prêtes à changer profondément leur façon de travailler et, peut-être, une partie de leur organisation ? Ou bien répondent-elles à un effet de "mode" et à la demande impérieuse de leurs collaborateurs - notamment les digital natives ? Ces RSE vont-ils remettre en cause les investissements engloutis dans les Intranet 2.0 ou en devenir une "simple" fonctionnalité nouvelle ?
Attention, je ne crois pas que les RSE induisent de réels changements dans la façon de travailler ou de s'organiser ! La seule révolution qu'ils provoquent, c'est dans la manière de communiquer, de partager de l'information. Les process, eux, doivent rester tels que - surtout s'ils sont bons et ont été validés de manière industrielle.
Ce que les RSE changent, c'est qu'ils font circuler l'information plus librement et autorisent des terrains de dialogue ou d'échange qui n'avaient pas été envisagés jusque là. Trois grands changements sont à prévoir : premièrement, le retour de la communication bottom/up, si souvent ignorée. Deuxièmement, l'apparition de canaux transversaux, au détriment des courants hiérarchiques. Et enfin, conséquence du second point, une pression accrue sur le "middle management" qui voit ses prérogatives diminuer, et doit revisiter son rôle.
Côté "offre", pensez-vous qu'une "industrie" du RSE durable et fournie puisse se développer (notamment avec des acteurs français) ou bien que ce segment va être récupéré/accaparé par quelques leaders mondiaux du logiciel ? Sur qui parieriez-vous ?
Comme nous le disions précédemment, les petits acteurs ont débroussaillé le terrain depuis une demi-douzaine d'années. Maintenant que les grandes organisations ont compris qu'un RSE est une nécessité, les acteurs-phares du logiciel d'entreprise s'y mettent. IBM et Microsoft ont affûté leurs offres et restent pour moi les favoris, ne serait-ce que par la puissance de leurs forces de vente. Mais il faut s'attendre à voir quelques challengers tirer leur épingle du jeu : Dassault Systèmes, par exemple, avec ses deux offres blueKiwi et SWYM, et pourquoi pas SAP (qui propose aujourd’hui le RSE américain Jive en marque blanche, ndlr) ou Oracle un jour, et même Google s'ils intègrent Google Plus aux Google Apps...



