L’engouement supposé pour les réseaux sociaux dans les entreprises relève-t-il selon vous d’un effet de mode ou accompagne-t-il une réelle mutation du fonctionnement des entreprises ?
Arnaud Rayrole : actuellement au devant de l’actualité, les réseaux sociaux bénéficient dans une certaine mesure d’un effet de mode, mais ils apportent aussi des réponses concrètes aux problèmes soulevés par les précédents outils collaboratifs. Ceux-ci sont dans l’ensemble assez performants techniquement mais restent peu utilisés car les éventuels contributeurs n’y trouvent pas d’intérêt immédiat. Sur les réseaux sociaux, ils peuvent évaluer rapidement l’impact de leurs contributions et voient un moyen efficace de communiquer avec leurs pairs. L’intérêt principal réside dans la possibilité d’échanger facilement des informations, des expériences et du savoir. Sur des outils collaboratifs classiques, des administrateurs auront défini un cadre contraignant susceptible de freiner la spontanéité de l’échange. Sur les réseaux sociaux, les participants trouveront des outils plus conviviaux et des méthodes de communication plus efficaces.
Le marché des réseaux sociaux est naissant en Europe, mais mature aux Etats-Unis où l’on dénombre une dizaine d’acteurs impliqués dans des projets concrets de développement en entreprise.
Quels bénéfices peut-on attendre de ces pratiques ?
Arnaud Rayrole : les outils collaboratifs et de gestion des connaissances invitaient les utilisateurs à œuvrer pour la postérité en y consignant leurs savoir-faire. Les réseaux sociaux leur permettent désormais d’échanger plus facilement des connaissances avec leurs pairs et ainsi d’enrichir leur savoir, de progresser dans leur expertise. Les réseaux sociaux suscitent la spontanéité des intéressés que ne permettaient pas les précédents outils collaboratifs. Une vision hâtive de ce phénomène pourrait faire craindre à une montée de l’individualisme. En pratique, ces échanges simples et spontanés invitent les acteurs à produire une contribution abondante et ainsi à mieux collaborer. Les réseaux sociaux suscitent l’intérêt de tous car le bénéfice de leur emploi est immédiat et tangible.
Le développement de leur usage impacte-t-il le fonctionnement général de l’entreprise ?
Arnaud Rayrole : ils induisent une véritable évolution culturelle des entreprises. Les réseaux sociaux invitent à un fonctionnement plus collectif, plus participatif. Les acteurs doivent devenir plus efficaces ensemble pour progresser au niveau individuel. Favoriser cette évolution signifie au niveau de l’entreprise élaborer une véritable stratégie d’accompagnement. L’incursion des réseaux sociaux dans la vie de l’entreprise est inévitable car elle apporte aux professionnels une motivation supplémentaire pour échanger et "jouer collectif", ce que ne favorisaient pas les précédents outils collaboratifs.
Des procès en Europe et Outre-Atlantique entre des entreprises et certains de leurs salariés jugés trop prolixes dans leur contribution montrerait que cette évolution ne va pas de soi pour tout le monde. Comment analysez-vous cette actualité ?
Arnaud Rayrole : Je pense qu’elle traduit un manque de maturité de la part des utilisateurs. Il faut bien dissocier l’utilisation de réseaux d’entreprises et de réseaux publics. Les gens n’ont pas forcément conscience qu’en communiquant sur Internet, ils prennent le risque d’y divulguer durablement des informations stratégiques pour les entreprises. Cela traduit également l’immaturité d’entreprises dont les salariés ne disposent pas d’outils de communication interne adaptés et se rabattent sur des outils plus "grand public" comme Facebook ou Viadeo. Les offres Saas (Software As a Service) constituent à cet égard une véritable alternative fonctionnellement pertinente.
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